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interview Bâtiments durables de montagne : "Les projets alpins vont loin dans les questions environnementales"

Hautes-Alpes le - - Architecture

Bâtiments durables de montagne : "Les projets alpins vont loin dans les questions environnementales"
TKendall - Frédéric Corset, directeur de l'association EnvirobatBDM.

L'association Envirobat-BDM*, en délivrant son label, prône l'écoresponsabilité dans la construction et l'aménagement. Les enjeux n'étant pas les mêmes dans les massifs alpins que sur le littoral, l'association a déterminé des critères propres aux territoires de montagne, comme l'explique son tout nouveau directeur, architecte urbaniste de formation, Frédéric Corset.

TPBM : En quoi le label « montagne » diffère-t-il du label « méditerranéen » ?
Frédéric Corset : La différence notoire, c'est que les questions d'environnement et les moyens à mettre en œuvre ne sont pas les mêmes. Les groupes de travail ont réfléchi autour des performances hivernales, du stockage de la neige...
En termes d'urbanisation, dans la tradition alpine, il y a une implantation plus diffuse sur le territoire. Cela nécessite une vigilance accrue au sujet de l'intégration paysagère. Il faut également prendre les masques solaires du fait du relief pour les apports solaires, le confort visuel et lumineux.

Les maîtres d'œuvre et les maîtres d'ouvrage haut-alpins sont-ils sensibles à la démarche ?
Nous comptons 30 projets en démarche BDM dans les Hautes-Alpes. Les projets alpins vont loin dans les questions environnementales, ils sont engagés. Les équipes plus restreintes, les projets plus petits aussi, la proximité relationnelle entre tous les acteurs peuvent expliquer cette forte implication. J'ai en tête des chantiers emblématiques. L'un d'eux est en cours de construction, le siège du SyMEnergie05 à Chorges, intéressant du point de vue du choix des matériaux, de l'aspect énergétique et de l'intégration paysagère. Je pense aussi au centre de secours des Orres, à la mairie/bibliothèque de Saint-Jean-Saint-Nicolas et au foyer nordique de La Chalp à Crévoux. Il devait être construit en bois et en paille mais cela n'a pas été possible, étant situé dans un couloir d'avalanche. Finalement, il est en béton et en bois et l'équipe s'est très bien adaptée à la contrainte. »

Comment expliquer que les entités publiques se lancent davantage dans la démarche que les acteurs privés ?
Les collectivités ont vocation à être exemplaires. Pour autant, sur le littoral, la promotion privée s'y intéresse beaucoup. Peut-être moins dans les Hautes-Alpes...

Est-ce qu'une construction ou un aménagement labellisé BDM coûte plus cher ?
Je répondrais oui et non. Ça peut l'être, si l'on utilise beaucoup de systèmes, si l'on opte pour des isolants biosourcés issus de petites productions, si l'on installe des panneaux photovoltaïques. Certains bâtiments coûtent moins cher car ils reposent sur la sobriété des usages. Je pense à ces extensions de classes d'une école Montessori dans le Vaucluse où il n'y a ni éclairage artificiel, ni chauffage. Dans ce cas précis, c'est l'usager qui s'adapte au bâtiment, aux conditions extérieures. Les élèves font par exemple du sport le matin lorsqu'il n'y a pas assez d'éclairage. Il y a un engagement fort de la part de l'école. Tout le monde ne peut pas le faire. Il existe également d'autres solutions, comme construire plus petit, mutualiser certains locaux et usages. Les coûts, il faut aussi les considérer sur le très long terme. Sur 50 ans, on peut être largement bénéficiaire si les tarifs d'électricité et de pétrole explosent. Attention aussi à ne pas ajouter de surcoût. Si on opte pour des systèmes très techniques, il faut posséder les compétences pour les piloter, assurer leur maintenance. Parfois, avec des systèmes trop élaborés, le bâtiment part à la dérive car derrière, il n'y a ni les compétences, ni le budget pour.

Est-ce possible de ne pas se chauffer en montagne ?
Il existe des maisons quasi passives, dotées simplement d'un poêle à bois. On préconise une bonne orientation du bâtiment, de profiter des apports solaires, de veiller d'ailleurs à l'implantation car parfois on est à l'ombre, d'avoir une bonne isolation, une étanchéité à l'air, une ventilation qui permette de renouveler l'air correctement et qui consomme peu.

Les objectifs du label ont-ils évolué, sont-ils plus exigeants ?
Le label est né il y a 10 ans. Quand on regarde les projets anciens, parfois on se dit qu'on aurait pu faire mieux. Mais on est fier de constater que la profession a progressé ; il y a des erreurs qu'on ne commet plus. Deux grandes tendances ressortent depuis quelque temps déjà : la frugalité d'un côté, l'hypertechnicité de l'autre. Nous sommes ouverts aux deux, à condition d'obtenir des retours d'expérience pour ne pas répéter les erreurs.

* Bâtiments durables méditerranéens ou de montagne. En 2015, Envirobat BDM a signé un partenariat tripartite avec le CAUE05 et le Département des Hautes-Alpes pour encourager la construction et l'aménagement durables en montagne. Ce partenariat devrait être renouvelé et des actions communes menées.




M.-F. Sarrazin
Journaliste

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