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Barreau de Toulon : Sophie Caïs plaide l’exigence et la bienveillance

Me Sophie Caïs vient de prendre le bâtonnat du barreau de Toulon avec « envie d’exigence et de rigueur, en même temps que de bienveillance et d’humanité ». Un état d’esprit qui résonne comme une feuille de route.
Barreau de Toulon : Sophie Caïs plaide l’exigence et la bienveillance
O. Réal - Sophie Caïs, bâtonnier de l’ordre des avocats au barreau de Toulon.

Droit et chiffreVar Publié le ,

« Un sentiment d’énergie », répond immédiatement Me Sophie Caïs lorsqu’on l’interroge sur son impression première au moment d’endosser les fonctions de bâtonnier de l’ordre des avocats au barreau de Toulon pour 2022 et 2023. « Je l’avais déjà avant, mais désormais c’est très présent, avec le désir de faire beaucoup de choses, de mettre en application des projets. Il y a d’abord la responsabilité collective qu’endosse le bâtonnier. Je représente les avocats de mon barreau, à savoir 509 personnes avec les 13 qui viennent de prêter serment. Je veux les défendre en particulier contre l’adversité actuelle. Et puis il y a ma sphère individuelle avec ces mêmes confrères. Le poste génère des relations qui n’existaient pas avec certains et qui sont d’autant plus importantes que la période est difficile. »

Une période qui dure s’inquiète-t-elle, remontant le fil des mois de grève totale avant la crise sanitaire, suivis de celle-ci depuis deux ans, en passant par le confinement qui a bloqué l’exercice de la profession, le redémarrage en mode dégradé, l’organisation particulière des audiences compte tenu des stocks accumulés, l’exigibilité à venir des PGE et reports de charges… La liste s’est allongée avec le dernier variant qui a multiplié les cas de Covid et en corollaire les annulations d’audiences, « alors que le rythme avait bien repris, notamment grâce à une montée en puissance en matière pénale afin d’absorber le retard qui a été appréciée », confie Sophie Caïs.

Sophie Caïs : « On est plus intelligent ensemble »

Malaise de la justice

« Il n’en demeure pas moins qu’il y a un problème structurel dans la gestion des ressources humaines de la magistrature et des greffes en France. La tribune des 3 000 magistrats, devenus 7 000, publiée en fin d’année dans Le Monde, sur le malaise de la justice, fait boule de neige. Il est inédit que les magistrats sortent de leur réserve comme cela. Il y avait un ton et un fond sans précédent. C’est la preuve que l’institution judiciaire ne se porte pas bien, ce que les avocats dénoncent depuis longtemps. »

Se rappelant son arrivée dans la profession en 1998, l’avocate toulonnaise n’imaginait pas à l’époque une telle dégradation, expliquant, gênée, que les tribunaux n’ont pas de papier à mettre dans les imprimantes tandis que l’on vante par ailleurs l’entrée de l’intelligence artificielle comme une aide à la justice et autres avancées dans la dématérialisation… « Mais ce n’est pas la faute des magistrats si la justice est désorganisée et déshumanisée », prévient-elle ! La solution ? « Recruter. Le budget a été augmenté, mais surtout sur la pénitentiaire. Il faut penser aux juridictions. Nous sommes face à une machine qui brise les avocats, les magistrats, les justiciables ! » Considérant que les avocats sont à l’interface entre les juges et les justiciables, quand cela dysfonctionne ces derniers se retournent vers les avocats qui n’ont pas de marge de manœuvre et deviennent les fusibles, se désole-t-elle.

MARD en première ligne

A défaut de changer le monde judiciaire, elle veut s’attacher à mettre de l’huile dans les rouages locaux, à faciliter la tâche de chacun et ajouter sa pierre à l’édifice de modernité durant son mandat. A commencer par la volonté de perpétuer le dialogue constructif et de très bonne qualité avec la présidente du tribunal judiciaire et le procureur. « C’est une longue tradition ici, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. Cela permet de trouver rapidement des solutions et d’évoluer en confiance. Les chefs de juridiction savent que nous sommes conscients de leurs difficultés et connaissent les nôtres. Nous continuerons à travailler ensemble, ce qui ne m’empêchera pas de dire ce que j’ai à dire et d’aller au combat si cela est nécessaire. J’ai envie d’exigence et de rigueur, en même temps que de bienveillance et d’humanité. » La « patte » Sophie Caïs est dans l’équilibre entre ces valeurs afin de défendre et représenter les avocats du barreau de manière fluide, le sens du collectif chevillé au corps. C’est son ADN.

Un état d’esprit plus que jamais en phase avec son temps et le développement des MARD, modes alternatifs de règlement des différends. « C’est en effet une des possibilités pour que les dossiers ne soient pas victimes des lenteurs de la justice. Lors d’une récente formation sur l’un des aspects de ces MARD, Renaud Le Breton de Vannoise, premier président de la cour d’appel d’Aix, expliquait qu'à l’avenir, la réputation d’un avocat se ferait sur sa capacité à trouver rapidement une solution dans ce cadre et non plus sur sa plaidoirie ! Autre illustration de l’importance des enjeux et de cet encouragement à ces nouvelles pratiques professionnelles : lorsque nous faisons désormais appel d’une décision du conseil de prud’hommes, nous sommes informés que si l’on refuse le passage par un MARD le dossier ne sera pas traité avant deux ans et demi compte tenu de l’encombrement. C’est une vraie difficulté, car la partie qui perd en première instance est souvent tentée faire appel pour gagner du temps. L’autre partie est encore plus victime. »

Une problématique de plus à résoudre, peut-être dans le cadre de la Conférence régionale des bâtonniers, qui rassemble 15 barreaux et deux cours d’appel (Aix et Nîmes). Sophie Caïs découvre avec un vif intérêt la dynamique de dialogue entre bâtonniers et avec les magistrats, instituée une fois par mois.

Droit de cité

De dialogue, il en sera aussi beaucoup question durant son bâtonnat s’agissant de la cité judiciaire de Toulon en gestation, qui doit sortir de terre à l’horizon 2026.

« Nous suivons le dossier de très près, parfaitement pris en charge par mon prédécesseur, le bâtonnier Jean-Michel Garry, qui reste chargé de la commission cité judiciaire au sein de notre conseil de l’ordre. Il s’agit de défendre les avocats qui passent 40 ans au moins dans les palais de justice. On ne peut pas les laisser à la porte des bureaux de magistrats et de greffiers, comme c’est le cas dans les nouvelles réalisations. Nous sommes auxiliaires de justice, les avocats doivent pouvoir parler aux juges et aux greffiers sans devoir passer par les bâtonniers. Nous appartenons à la même communauté de travail. Il nous faut des mètres carrés dédiés. Dans le projet initial, 50 m2 étaient prévus, pour plus de 500 avocats au barreau ! Après une vive colère, la surface a été doublée. Heureusement que nous avons la maison de l’avocat… »

Madame le bâtonnier déplore en outre que les palais soient pensés, « certes avec de belles idées, par des gens qui ne les fréquentent pas », faisant courir le risque d’une inadaptation à la pratique quotidienne. Pour l’heure, l’une de ses préoccupations dans le suivi de ce dossier est pragmatique : « Où va-t-on plaider pendant la construction ? On ne sait pas ! ».

Un nouvel outil numérique développé par l’ordre des avocats pourra aider à une meilleure gestion des audiences le cas échéant, mais surtout dès à présent puisque « digirole » est lancé ces prochains jours. Il a pour grand dessein de gagner en efficacité, y compris pour le justiciable, sachant, entre autres simplifications, que ne se présenteront au tribunal que les avocats venant plaider leurs affaires.

En cette année 2022, ils seront tous les acteurs principaux des 200 ans de leur barreau (plusieurs événements sont envisagés). Première femme à la barre, Sophie Caïs s’inscrit dans cette histoire et s’en imprègne un peu plus à chaque fois qu’elle se trouve dans la salle du conseil de l’ordre, où sont affichés tous les portraits des bâtonniers toulonnais. « C’est une belle institution qui a marqué la ville au cours de ces deux siècles. Il n’y a qu’à voir le nombre de rues de Toulon qui portent les noms des bâtonniers. Les avocats ont été très présents dans la cité. C’est important que cela revienne et continue. C’est un témoin que l’on passe… »

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