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Atelier Quadra : le trio fait la force

Depuis presque 30 ans, Régis Rioton, Gilles Broccoli et Michel Perrin travaillent ensemble au sein de l’Atelier Quadra. Une union aux fondations solides qui leur permet aujourd’hui de travailler à 90 % via des marchés publics.
Atelier Quadra : le trio fait la force
H. Saveuse - (de gauche à droite) Michel Perrin, Gilles Broccoli et Régis Rioton forment le trio de l’Atelier Quadra.

ArchitectureAlpes-de-Haute-Provence Publié le ,

C'est en 1994 que Gilles Broccoli, Michel Perrin et Régis Rioton, qui se connaissent via l’association d’architecture des Alpes-de-Haute-Provence (3A), décident de combiner leurs compétences en travaillant ensemble. Ils choisissent de poser leurs tables d'architectes dans l’ancien hôtel-restaurant du Barasson à Château-Arnoux-Saint-Auban. Récemment victime d’un incendie et noyé par les pompiers, ce bâtiment de style niçois sera à la fois leur siège social et leur premier défi.

« Quand nous l'avons acheté, il y avait beaucoup de travail. D’autant que nous ne voulions pas trahir l’histoire du lieu, nous souhaitions rester fidèles à ce qui avait été fait avant nous », explique Régis Rioton. Un leitmotiv que les trois architectes mettent un point d’honneur à respecter dans l’ensemble de leurs créations.

Se regrouper pour accéder aux marchés publics

S'unir est pour eux une manière d’accéder à des projets aboutis, de plus grande ampleur qu’ils n’arriveraient à mener en solo :

« Aujourd'hui comme à l'époque, l’architecte ne peut plus fonctionner seul s’il veut capter des marchés publics. Une situation accentuée dans notre département puisque qu’il n’y a pratiquement pas de promotion immobilière. Les projets les plus riches sont majoritairement portés par des collectivités. Sans le regroupement, ces marchés sont hors de portée ou à la marge. Aujourd’hui, grâce à notre choix d’union, ils représentent 90 % de notre chiffre d’affaires », précise Michel Perrin.

Il faut dire qu’idéologiquement, les architectes de l’atelier Quadra n'ont pas « un goût prononcé pour l’urbanisme pavillonnaire », assume Gilles Broccoli. Michel Perrin explique : « La commande individuelle, ce n’est pas le même métier. Dans les marchés publics, ce sont des projets d’une grande diversité, qui touchent à différents domaines environnementaux, politiques. Ce sont des projets où l’on retrouve de la création. Il y a aussi, souvent, une forme de liberté. Les maîtres d’ouvrages font plutôt confiance à la maîtrise d’œuvre. »

Mais avant que les grands donneurs d’ordre ne leur fassent justement confiance, le trio a dû faire ses preuves et pour cela se spécialiser. « C’est un peu la règle du jeu. Pour pouvoir soumissionner aux marchés publics il faut avoir des références et pour les avoir il faut montrer ce que l’on sait faire », détaille Gilles Broccoli. Comme spécialité, ils choisissent le bâtiment scolaire. Auteurs de l’opération de rénovation de la cité mixte Paul Arène à Sisteron ou encore de la construction du collège Pierre Girardot de Sainte-Tulle, avec la première chaufferie bois du département ou encore la rénovation du collège Jean Giono, les architectes multiplient les constructions remarquées qui leur permettent de poser des jalons. Cependant, ils déplorent parfois le fonctionnement d’une spécialisation quasi contrainte : « Il est ensuite très difficile de sortir de la typologie de projet que l’on porte d’ordinaire. Si nous ne sommes pas directement touchés par la spécialisation contrainte, nous savons qu’elle n’est pas toujours bien vécue », regrette Gilles Broccoli, qui dirige actuellement l’opération de démolition-reconstruction de l’immeuble du Cassoir à Oraison pour le compte du bailleur social Habitations Haute Provence.

Une architecture aux influences modernes

Les carcans, qu’ils soient idéologiques ou artistiques, très peu pour eux. « Bien sûr, nous sommes nés sous les auspices de l’architecture moderne, vernaculaire. Nous cherchons le sens du site ou du programme pour l’exploiter au maximum. L’idée est évidemment de traiter chaque programme comme un projet unique. Ce qui nous rapproche, c’est l’idée que l’architecte ait à satisfaire l’usage de ses occupants. Un bâtiment se vit. L’aspect, l’intégration, la façon dont on construit doit principalement servir les usages », souligne Michel Perrin.

Et pour satisfaire tous les usages, l’Atelier Quadra aime maîtriser le processus de A à Z. « Nous ne faisons pas que dessiner. Aujourd’hui l’architecte doit avoir une vision très complète du projet. Nous ne transigeons pas avec les types de travaux à réaliser, avec le respect des délais. La seule partie que nous ne traitons pas systématiquement est l’analyse de structure pour laquelle nous faisons régulièrement appel à un bureau d’études », soulève Gilles Broccoli.

Pour définir les contours de leur métier, les associés se définissent comme des hommes de synthèse. «  L’architecte, c’est le roi de la synthèse. Nous ne sommes pas des artistes même s’il existe une part de sensibilité artistique. Nous avons de plus en plus de règles à respecter », illustre Gilles Broccoli. En presque 30 ans de travail en commun, le trio a vu le métier se transformer. « Lors d’un chantier, l’architecte est souvent vu comme un chef d’orchestre. Il doit, la plupart du temps, trouver le bon tempo pour articuler les interventions. Aujourd’hui, il n’est pas rare de gérer une douzaine d’intervenants et je ne parle pas des entreprises. Je pense aux écologues, aux acousticiens par exemple. D’autre part, l’administratif pèse fortement sur notre activité. Même si tout n’est pas négatif car les ouvrages se sont nettement améliorés en sécurité incendie et en accessibilité », confie-t-il encore. « Nous sommes loin de l’image de l’architecte qui travaille à l’aquarelle, bien loin des principes du grand prix de Rome. Notre métier est devenu plus technique », renchérit Michel Perrin.

Et pourtant, si la technicité est omniprésente dans les créations de l’Atelier Quadra, l’esthétique tient également un rôle prépondérant. S’ils refusent l’idée d’un matériau signature, leurs créations suivent néanmoins une ligne directrice : 

« Nous sommes très attachés à la production locale, je pense aux pierres marbrières de Banon par exemple. Nous avons une vision écologique dans le sens profond du terme. Pour le bois, nous nous servons régulièrement de robinier, pour les grandes cuisines nous utilisons du grès. Ce qui nous importe est la fois la pérennité et l’usage. Nous veillons aussi à nous affranchir le plus souvent possible des effets de modes. Les couleurs et l’utilisation d’un matériau spécifique datent un bâtiment, c’est exactement ce que nous essayons de ne pas faire. Sur les projets patrimoniaux par exemple, nous nous documentons sur l’architecte pour respecter ce qui a été fait. Nous ne nous refusons pas à créer des extensions qui tranchent mais elles doivent avoir du sens », précise Michel Perrin.

Anticipant la croissance des chantiers de rénovation, conséquence directe de la volonté de densification urbaine à venir, l’Atelier Quadra se sent tout à fait prête à prendre ce nouveau virage, qu’elle a déjà amorcé.

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