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Aix-Marseille-Provence : les investissements au régime sec

Bouches-du-Rhône le - - Territoires

Aix-Marseille-Provence : les investissements au régime sec
R. Poulain - Les élus d'Aix-Marseille Provence ont examiné en visio le rapport sur les orientations budgétaires 2021 de la Métropole (photo d'archive).

La métropole Aix-Marseille Provence serre les boulons budgétaires. En 2021, l'intercommunalité prévoit de réduire ses dépenses d'investissement de 25%. Une cure de rigueur justifiée par le poids exorbitant de la dette dont le montant atteint 2,82 milliards d'euros.

Ce 19 novembre, les élus d'Aix-Marseille Provence ont examiné en visio le rapport sur les orientations budgétaires 2021 de la Métropole. Un exercice délicat plombé par les crises sanitaire et économique. Un signe de ce climat pesant ? En mai 2020, l'agence de notation Fitch Ratings a confirmé la note A+ de l'Etablissement public de coopération intercommunale (EPCI), mais en abaissant sa perspective de « stable » à « négative ».

Première du genre de la nouvelle mandature Vassal, la présentation de ce rapport a donné lieu à un pas de deux entre Didier Khelfa, le vice-président délégué au budget et aux finances et Gérard Bramoullé, le premier vice-président (LR) d'AMP en charge de la stratégie budgétaire.

Le premier, maire (DVD) de Saint-Chamas n'a pas caché les difficultés, pointant à la fois le contexte sanitaire qui place les finances publiques sous haute pression et la dérive budgétaire enregistrée en 2020, année électorale :

« Les objectifs du pacte de gouvernance financier et fiscal (PGFF) n'ont pas été respectés. Le besoin de fonctionnement a largement excédé la capacité d'autofinancement du budget. Sans réduction des dépenses de fonctionnement et sans apport de financements extérieurs, le niveau soutenu d'investissements a été majoritairement financé par de la dette nouvelle ».

Les chiffres sont cruels : alors que le PGFF tablait sur un recours à l'emprunt plafonné annuellement à hauteur de 23% et une part d'autofinancement de 39%, l'année 2020 aura vu les compteurs exploser. Le compte administratif prévisionnel de cette année affiche un taux record de recours l'emprunt de 65% et un niveau d'autofinancement réduit à peau de chagrin : seulement 7%, loin des objectifs du pacte. « La trajectoire actuelle n'était pas tenable », cingle, fataliste, Gérard Bramoullé pour qui « les problèmes structurels préexistaient à la crise sanitaire ».

Réduire le recours à l'emprunt

Pour ne pas percuter de plein fouet le mur de la dette, dont l'encours global atteint plus de 2,82 milliards d'euros, AMP est contrainte de se serrer la ceinture. « On va devoir limiter le recours à l'emprunt tout en réduisant de manière drastique la part variable des dépenses de fonctionnement », explique Didier Khelfa. Seul hic : ces dépenses de fonctionnement (75%) sont pour une large part incompressibles, « rigides » en jargon comptable.

Principal poste de dépenses, la masse salariale des 7 875 agents de l'institution s'élevait à 389,1 millions d'euros en 2020. « Pour 2021, on mise sur une progression plafonnée à 1%, soit 395,8 millions d'euros », indique le VP au budget. Même en n'embauchant personne, les dépenses de personnel augmentent compte tenu du glissement vieillesse technicité (GVT), la grille d'avancement des fonctionnaires : « Ce GVT représente à lui seul 0,5% de hausse de la masse salariale », ajoute Didier Khelfa. A défaut de pouvoir tailler dans les effectifs, AMP va serrer la vis des dotations aux six territoires qui la composent et les charges de centralité : leur montant devrait se rabougrir de 192 millions en 2020 à 172 millions d'euros en 2021.

Les marges de manœuvre de la section fonctionnement étant limitées, les leviers se situent du côté de l'investissement. Les dépenses d'équipement vont être soumises au régime sec. « Avec 350 millions d'euros programmés en 2021, elles vont diminuer de 25% par rapport à 2020 et de 38% par rapport à 2019 », annonce le VP au budget. « C'est la seule solution pour ne pas accroître le recours à l'emprunt », justifie Gérard Bramoullé. « La priorité sera donné aux projets portant sens pour la métropole, avec une approche par coût global qui tienne compte des cofinancements tout autant que des charges d'exploitation engendrées par chaque nouveau projet », ajoute l'édile de Saint-Chamas. La collectivité va donc passer au tamis les projets inscrits dans son programme pluriannuel d'investissements (PPI) en réinterrogeant la pertinence de certaines autorisations de programme. « Il ne s'agit pas de remettre en cause les opérations programmées, simplement d'en étaler la réalisation dans le temps, au nom du principe de réalité », défend Gérard Bramoullé. L'opération de renouvellement des rames du métro marseillais qui engloutit à elle seule 70 millions d'euros sera poursuivie en 2021, tout comme les coups partis « les plus structurants ». « Mais aucun projet nouveau ne pourra être engagé », prévient Didier Khelfa.

La pilule passe mal chez certains...

La pilule de ce pragmatisme passera probablement avec difficulté chez les acteurs du BTP qui sentent déjà poindre avec inquiétude une érosion de la commande publique.


Lire aussi : Isabelle Lonchampt : "Nous attendons les chantiers"


Ces derniers devront pourtant arrondir leur dos. Car du côté de la ville de Marseille, les perspectives ne sont guère plus réjouissantes. « La ville centre est dans une situation encore plus difficile. La baisse de sa capacité d'autofinancement va nous contraindre à réduire la voilure », prévoit Joël Canicave, l'adjoint aux finances marseillais. Bref, tout le monde est dans le même bateau. « Une galère qui doit nous obliger à parler d'une seule voix », lance l'adjoint phocéen. Un appel à l'union sacrée que certains ont du mal à entendre. Jean-Pierre Serrus, le maire (LREM) de La Roque d'Anthéron, ancien Monsieur transports d'AMP, déplore que la politique de mobilité soit la grande victime de cette cure d'austérité. « Si on ne tient pas nos engagements en matière de report modal, on ne pourra pas respecter la feuille de route de l'agenda de la mobilité », soupire-t-il, taclant « la stratégie mortifère des anti-métropoles » qui n'ont, selon lui, pas hésité à fouler au pied la pacte financier et fiscal « en engageant des projets dans les territoires financés par l'emprunt ».

Christian Amiraty, le maire (DVG) de Gignac, pour sa part, met sur le tapis l'inégalité de traitement entre les territoires, comparant, à l'aide d'une règle de trois, les dotations d'investissement de Marseille-Provence avec celles de ses cinq homologues. Avec cette arithmétique, les 18 communes de l'ex communauté urbaine et leur million d'habitants seraient les grandes perdantes, ne recevant que 46% des crédits d'investissement (142,5 M€) quand le pays d'Aix, pourtant deux fois moins peuplé (400 000 habitants) perçoit 35% de l'enveloppe (109,2 M€).

Sur le même sujet, retrouvez l'interview de Gérard Bramoullé, premier vice-président de la métropole en charge de la stratégie budgétaire dès lundi 30 novembre sur le site de TPBM.

Les dotations d'investissement des territoires




William Allaire
Journaliste

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