Fermer la publicité

Rémy Avon, procureur de la République auprès du tribunal judiciaire de Digne-les-Bains "Etre procureur d'une juridiction départementale, c'est un peu être patron d'une PME judiciaire"

Alpes-de-Haute-Provence le - - Droit et chiffre

"Etre procureur d'une juridiction départementale, c'est un peu être patron d'une PME judiciaire"
H. Saveuse - Rémy Avon a pris la direction du ministère public au tribunal judiciaire de Digne-les-Bains le 2 mars 2020.

S'il a grandi dans les vignobles vauclusiens, Rémy Avon passe aujourd'hui le plus clair de son temps dans les tribunaux bas alpins. Il a pris le 2 mars 2020 la direction du ministère public au tribunal judiciaire de Digne-les-Bains.

TPBM : Pourquoi faire le choix d'exercer en zone plutôt rurale ?
Rémy Avon : Je viens de passer 8 ans dans une zone urbaine, à Aix-en-Provence, dans un département que l'on qualifie volontiers de criminogène. J'avais envie de retrouver un peu de calme et de sérénité. Mais je dois avouer que le rythme reste particulièrement soutenu. D'autant que nous ne sommes que trois magistrats. Il faut savoir que pour les tribunaux judiciaires du groupe 4, auquel appartient notre juridiction, le nombre de procédures s'élève en moyenne à 2 714 par magistrat. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, nous sommes à 4 435 affaires par magistrat, sans compter les permanences qu'il faut assurer. Ce sont certes des conditions difficiles pour exercer mais en même temps, la qualité de vie est là, comme dans les Hautes-Alpes du reste que je connais bien. Quitte à travailler en zone rurale pourquoi ne pas avoir choisi le Vaucluse me direz-vous ? Le département des Alpes-de-Haute-Provence était une pièce du puzzle qui me manquait pour mieux connaître notre belle région.

Etes-vous surpris par la charge de travail ?
Oui et non. Le travail est certes dense, mais ce qui est vraiment nouveau pour moi c'est le rôle de chef de juridiction. Cette juridiction est bicéphale. Elle est dirigée à parts égales par le président du tribunal judiciaire et par le procureur qui est chef de parquet, chef de juridiction. Il faut à la fois gérer les affaires et les 40 personnes qui la composent. Etre procureur dans une juridiction départementale c'est un peu comme être le patron d'une PME judiciaire. D'autre part, la charge semble d'autant plus lourde que nous manquons de moyens. Nous avons parfois le sentiment d'être dans un système artisanal de la justice. Un quatrième poste de magistrat est demandé depuis un certain nombre d'années mais il n'arrive pas. Nous avons aussi besoin de greffiers, il y a un manque manifeste de personnel. Néanmoins, il faut noter que tous les échelons de la juridiction s'engagent pour que la justice ne soit pas impactée, il y a une vraie solidarité.

Vous êtes arrivé au mois de mars, lors du premier confinement. Comment avez-vous vécu ce moment ?
Je suis arrivé dans les Alpes-de-Haute-Provence comme Angelo Pardi, le héros de Giono qui arrive en Provence en pleine épidémie de choléra. Un parallèle humoristique qu'ont su saisir mes nouveaux confrères. Plus sérieusement, j'ai assisté aux audiences et aux rendez-vous non honorés des justiciables. Nous avons dû totalement réorganiser le travail dans la juridiction. Les convocations ont été reportées. Au mois d'avril nous avions entre 10 et 14 mois de délais de convocation pour les jugements. Aujourd'hui, ces derniers sont raccourcis entre 5 à 8 mois et nous espérons atteindre les 6 mois d'ici peu. Nous avons réussi à désengorger les tribunaux en utilisant, dès que cela était possible, des voies alternatives. Nous envisageons aussi de réduire la charge des audiences qui se terminent parfois à 23h. 35 % des stocks ont été sortis du process correctionnel. Nous espérons que fin 2021 la charge des audiences sera également plus raisonnable.

Quels sont les principaux défis de la justice selon vous ?
Il y a incontestablement la révolution digitale. La mise en place de la procédure pénale numérique est très attendue. Ce nouveau portail numérique de la justice va permettre de faciliter grandement les procédures du greffe et cela va aussi largement améliorer la communication entre les différents acteurs. Le second défi est, selon moi, la justice de proximité. Le recours aux délégués du procureur ou encore l'arrivée d'une chargée de mission, qui va pouvoir me représenter et faire remonter l'information de terrain sont essentiels. Parfois un simple rendez-vous au bout du département coûte un après-midi de travail. Je pense que notre institution a besoin de sortir des tribunaux mais nous manquons malheureusement de temps pour le faire.




Hélène Saveuse
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

TPBM Semaine Provence Journal d'annonces légales et d'informations locales, économiques et judiciaires en PACA

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide