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Thecamp : Corinne Vezzoni toutes voiles dedans/dehors

le - - Architecture

Thecamp : Corinne Vezzoni toutes voiles dedans/dehors
W. Allaire - L'incubateur thecamp a été dessiné par l'architecte Corinne Vezzoni.

Si la réussite du pari scientifique et économique se vérifiera à l'épreuve du temps, « thecamp » est d'ores et déjà une réussite architecturale. Pour incarner ce campus de la ville du futur, Corinne Vezzoni a dessiné un écrin en symbiose avec le grand paysage. Un complexe dont le totem est un immense chapiteau ouvert sur la nature environnante. Visite guidée.

Poser un incubateur de la ville (durable) de demain dans un décor symbole de la périurbanisation galopante qui grignote la périphérie des villes contemporaines… Certains y relèveront un paradoxe. D'autres y verront une manière de renverser les contraintes. C'était le cas de Frédéric Chevalier. Fortune faite dans le marketing, le fondateur de HighCo rêvait d'un campus à l'américaine où la fine fleur de la nouvelle économie viendrait réinventer la fabrique de la ville. Le destin cruel l'aura empêché d'assister à la mise en orbite de son projet. Car ce qui n'était au départ qu'une intuition est aujourd'hui une réalité. Faisant fi du contexte un brin hétéroclite où se juxtaposent les labos d'un technopôle, les bureaux sans âme d'un pôle d'activités et les barres de logement d'une ville nouvelle qui pousse extra muros, Corinne Vezzoni a imaginé un objet monde enraciné dans son environnement naturel. Entre bienveillance et innocence, l'architecte phocéenne a levé le regard vers le seul horizon fréquentable : le grand paysage. Une vision sur le lointain en symbiose avec le contenu du projet « thecamp ».

Incubate​ur

Voir loin pour inventer l'avenir. « Au départ, il n'y avait pas vraiment de programme. Juste l'idée d'un site dédié à l'innovation et du développement durable », se souvient-elle. Tenant d'une culture académique, Frédéric Chevalier imaginait « un rectangle avec un patio central ».

« J'ai pris le contre-pied en m'inspirant de la forme arrondie des incubateurs utilisés en biologie avec leurs cellules sous cloche, ces lieux de fourmillement, où les cellules tantôt s'agglutinent et tantôt se disséminent… », poursuit l'architecte.

Cette analogie l'a poussée à dessiner un ovni architectural issu de la triangulation abstraite des trois éléments majeurs qui forgent l'identité du site : la pinède au nord, la Sainte-Victoire à l'est et un étrange piton rocheux qui protubère dans la garrigue à l'ouest.

Exit les murs, cloisons, halls, couloirs et autres portes… Pour s'insinuer dans cette nature aussi fragile que remarquable, l'auteure des Archives départementales a misé sur la symbiose dedans-dehors. « J'ai privilégié une forme arrondie, fluide, sans aspérité, qui s'inscrit avec discrétion dans la nature environnante », indique-t-elle. Ce parti se matérialise par ce qui représente aujourd'hui le totem architectural du site : une immense structure en toile tendue ouverte à 360° sur le grand paysage. Ce velum abrite une douzaine de cellules aux fonctions diverses enroulées autour d'un amphithéâtre : salles de réunions, incubateurs, bureaux, cuisine, cafétéria… Autant de lieux circulaires qui donnent non pas sur des coursives et autres couloirs obscurs, mais sur de grands espaces ouverts sur la nature.

Deda​​ns-dehors

Cette capillarité dedans-dehors est renforcée par la présence de trois puits de lumière dans la canopée. Ces béances laissent entrer la lumière naturelle, le végétal et le paysage au cœur du complexe posé sur une dalle de béton brut.

La canopée (en matériaux composites de l'entreprise Ferrari) forme une sorte de chapiteau inversé mis en tension par le dessous : « Les trois impluviums sont solidement ancrés dans le sol grâce à un système d'anneau métallique et de câbles », explique Martin Boiteau, directeur de projets à l'agence Vezzoni & Associés. Au-delà de la dimension esthétique, chacun de ces dispositifs a pour fonction de récupérer l'eau de pluie et de la rejeter à l'extérieur de la toile dans les noues et le bassin de rétention. Une mission cruciale en cas d'orages intenses, fréquents en Provence : « le système est dimensionné pour récupérer jusqu'à 800 mètres cubes d'eau par heure », précise Martin Boiteau.

L'inscription dans la nature est également marquée le choix du bois pour la construction des deux bâtiments d'hébergement (baptisés « RH1 » et « RH2 »). Ces deux écrins à ossature en panneaux CLT* et façades en mélèze fournis par la société Mathis sont positionnés sur le flanc sud du site. Ils accueillent les 155 chambres (15 m2 en moyenne) où seront logés les utilisateurs du campus. Outre la rapidité de mise en œuvre - les structures des deux bâtiments ont été assemblées et montées en trois mois, à l'été 2016 -, le bois offre un excellent rendement thermique : les deux immeubles affichent le label RT 2012 - 30 %.

Caméléon

Derniers pans de l'écosystème thecamp, les trois villas abritant plusieurs suites pour les conférenciers de haut vol, grands patrons et autres prix Nobel que les promoteurs du projet espèrent attirer en Provence. Cachés dans la pinède, ces bâtiments de béton brut semblent faire écho à la rocaille des contreforts de l'Arbois, socle du site, et au loin, à la silhouette calcaire de la Sainte-Victoire. Une montagne magnifiée par Cézanne, le père de la modernité picturale. Une icône dont le motif reste, un siècle plus tard, au service d'une inspiration immuable : inventer l'avenir à contre-courant. En novlangue de la nouvelle économie, un terme résume cette posture : « disruptif ». Corinne Vezzoni, quant à elle, préfère évoquer « le génie du lieu » qui renvoie au rapport « entre local et global ». Au nom du bon vieux principe qui veut que l'universalité d'un projet dépende de son ancrage dans son environnement… En architecture, cette posture porte un nom : contextualisme. Une démarche que l'architecte marseillaise a fait sienne depuis le début de sa carrière.

* Panneaux de bois lamellé-croisé (Cross-Laminated Timber, CLT).

Retrouvez l'intégralité de notre dossier consacré à la première rentrée de thecamp dans le numéro 1200 de TPBM.

Repèr​es

Maître d'ouvrage : thecamp
Maître d'ouvrage délégué : Redman Réalisation
Maîtres d'œuvre : Corinne Vezzoni & Associés (architecte), Artelia (BET VRD), 8'18'' (éclairagiste), Leich (structure), Optiflow (fluides).
Entreprises : Midi Travaux (VRD) ; Campenon Bernard (gros œuvre) ; ICM/ACS (charpente métal toile et charpente métal incubateurs) ; Mathis (charpente bois, bardage et couverture étanchéité RH) ; Spal (étanchéité : incubateurs et suites) ; Chiri (conception et mise en œuvre des vitrages des incubateurs ; menuiseries extérieures) ; Bourneuf (RH et suites) ; Santerne (CFO/CFA/SSI) ; Climatech (CVC/plomberie) ; Ckat (cloison/doublage/faux plafond) ; Bareau (menuiseries intérieures) ; SPTB (carrelage faïence) ; Series (revêtements muraux et peintures) ; 2SRI (sols souples) ; Schindler (ascenseurs) ; ID Verde (espaces verts) ; Belle Environnement (fontaine) ; AMG-Féchoz (machinerie scénique) ; Axians (audiovisuel et éclairage) ; Hugon (fauteuils de l'amphithéâtre) ; Provence Froid (équipements cuisines) ; Sare (panneaux photovoltaïques).
Coût travaux : 21 millions d'euros HT
Durée du chantier : 18 mois.

Chiffres​ clefs

Structure toile / incubateurs
Surface de toile : 6 729 m2
Nombre de poteaux : 24
Structure métallique : 528 mètres linéaires
Tonnage de la structure : 600 tonnes
Réalisation d'un seul poteau : 300 heures de travail
Nombre de boulons : 7 560
Hauteur moyenne de la structure de la toile : 10 m
Durée des études propres à la toile (vent/neige/pluie/confort) : 8 mois
Cubage de pluie : 250 m3/h d'eau de pluie par impluvium

Terrain
Surface terrain : 7 hectares
Nombre d'arbres initiaux : 272
Nombre d'arbres fin 2017 : 272
Dénivelé : 12 m
Emprise du bâtiment au sol : 5 640 m2, soit 8 % de la surface du terrain

Energie
RT 2012 :
- 20 % pour les logements
- 40 % pour les incubateurs

Développement et main-d'œuvre
18 mois d'étude avant lancement travaux
18 mois de chantier
Effectif maximum chantier : 140 personnes

Résidences hôtelières
Plancher bois : 3 453 m2
Plancher coursives extérieures bois : 1 944 m2
Murs de refend bois : 3 162 m2
Poteaux bois : 804 mètres linéaires
Poutres bois : 1 154 mètres linéaires
Claire-voie verticale bois coursives : 13 110 mètres linéaires
Bardage bois : 1 342 m2

Matériaux
Béton : 4 167 m3
Surface verre courbe incubateurs : 1 943 m2
Toiture végétalisée résidence hôtelière 1 : 465 m2
Nombre de portes : 405




William Allaire
Journaliste

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