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Pôle culture et patrimoine Gilles Martinet : « La culture et le patrimoine rapportent plus qu'ils ne coûtent »

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Gilles Martinet : « La culture et le patrimoine rapportent plus qu'ils ne coûtent »
J.-C. Barla - Gilles Martinet est aujourd'hui le délégué général du pôle « Culture et patrimoines »

A l'origine de sa création en 2007, Gilles Martinet a présidé durant dix ans le pôle Culture et patrimoines. Suite à l'élection en juin de Jean-Bernard Memet, il en est aujourd'hui le délégué général. Comment perçoit-il sa mission sur un pays d'Arles où se concentrent de nombreux projets culturels ? Quelle place pour la culture et le patrimoine au sein de l'économie régionale ? Libres propos d'un homme engagé…

TPBM : En dix ans, le pôle s'est efforcé de structurer un tissu d'acteurs des industries culturelles et du patrimoine, mais sans atteindre une échelle vraiment régionale. Comment l'expliquer ?
Gilles Martinet : Il faut d'abord se féliciter qu'une initiative institutionnelle ait été confiée à une structure orchestrée par des chefs d'entreprise et que cette volonté initiale perdure puisque plus de 56 % de nos membres actuels sont des entreprises. J'ai pris la présidence juste avant que l'Etat n'accorde pas le label « pôle de compétitivité ». Etre un tel pôle paraissait compliqué car l'accent était mis sur l'innovation et l'international, et beaucoup de structures ne se reconnaissaient pas dans cette vocation. La démarche a néanmoins permis de construire le groupe autour d'un modèle de synergies recherche/formation/entreprises que nous avons conservé. La démarche des Prides [Pôles régionaux d'innovation et de développement économique et solidaire, NDLR], portée par le conseil régional, a élargi ensuite la perspective et donné un cadre pour avancer. Nous avons donné la possibilité à nos membres d'initier des projets qui leur correspondaient et c'est ainsi que sont nés le Forum de l'innovation culturelle en 2010, les actions de formation… Cette dimension collective a permis la création de réseaux à l'intérieur même du pôle, par exemple entre les festivals avec « Poulpe Connexion ». Quant à l'échelle territoriale, je réfute qu'on dise que le pôle est arlésien. Arles est son épicentre mais le pôle rayonne sur le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et, de plus en plus, de l'autre côté du Rhône, en Occitanie. Pour les acteurs culturels niçois ou haut-alpins, l'éloignement s'est avéré un handicap. Ce qui n'empêche pas des membres distants d'utiliser le pôle comme centre de ressources.

La diversité des patrimoines voulue en 2007 reste-t-elle une caractéristique aujourd'hui ?
Le pôle d'origine ciblait le patrimoine bâti, le patrimoine naturel et l'ingénierie de la culture (image, édition, réalité augmentée…). Cette segmentation a révélé rapidement sa limite : elle ne permettait plus aux gens de se rencontrer. « Culture et patrimoines », reconnu comme cluster par l'Etat, rétablit une vision plus hétéroclite vue de l'extérieur, parfois difficile à expliquer, mais elle crée un lien fort entre les deux, encore plus évident quand on voit comment l'image, le son, le numérique s'emparent du patrimoine pour le valoriser… Côte à côte, ces activités rouvrent des champs de travail commun sur des pistes a priori inimaginables. Nous l'expérimentons avec Archeomed®** et sur l'instauration de liens avec des acteurs majeurs comme Actes Sud, la Fondation Luma ou l'Ecole nationale de la photo que nous avons aidée sur la création de l'Ecole(s) du Sud, réseau des écoles supérieures d'art de Provence-Alpes-Côte d'Azur et de la Principauté de Monaco.

Comment le pôle défend-il son rôle quand la région lance l'Opération d'intérêt régional « Tourisme et industries culturelles » ?
Expliquer, convaincre reste le plus difficile pour promouvoir notre impact économique sur le territoire. Pour beaucoup, la culture, le patrimoine, ça coûte de l'argent, ça cherche des subventions… Nos études démontrent qu'ils en rapportent. Nous participons aussi à l'attractivité de la région en accompagnant l'émergence de projets collaboratifs. Aujourd'hui, de plus en plus d'entreprises s'associent pour répondre à des consultations. En hébergeant plusieurs structures sur un site unique à Arles, Archeomed® en demeure l'exemple le plus flagrant. Pour un diagnostic « patrimoine » sur la gare Saint-Charles à Marseille, sous le pilotage d'A-Corros, la réponse a été élaborée en 24 heures autour de cinq acteurs aptes à couvrir les différentes dimensions du projet, métal, menuiseries, décors, pierre, mortier… Archeomed® concrétise tout ce que nous ambitionnions en 2007 même s'il n'a vu le jour qu'en 2015. Il prouve que le concept fonctionne. Ce « vivre-ensemble » permet de plus à des petites structures aux métiers divers de ne plus ruminer leurs difficultés, de partager leurs conseils et contacts… Il y a une âme dans Archeomed®.

Le pôle intégrait la dimension numérique. La création de la French Tech Culture Provence l'a-t-elle « parasité » dans ce domaine ?
Nous animons sur le pays d'Arles la French Tech Culture, nous avons encouragé des membres à déposer des projets auprès de The Bridge Accelerator***. Je ne pense pas que ça ait généré des confusions. Le pire serait de ne pas travailler ensemble.

Un regret par rapport aux objectifs initiaux ?
Le temps nécessaire pour mener à bien les projets qui permettraient de changer d'échelle, même s'il a aidé à nous doter de fondations solides, à fixer des objectifs atteignables avec nos moyens et à rester pragmatiques…

Comment le pôle s'inscrit-il dans les projets culturels qui émergent à Arles ?
Depuis 2007, le pôle œuvre au service de ses membres. Il conserve cette mission, mais la communauté d'agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette (ACCM) lui en a confié une nouvelle, en lui affectant des moyens accrus : structurer et animer la promotion du territoire et des filières présentes sur le pays d'Arles (Musiques et son, Livres et édition, Images, Métiers du patrimoine). La région, la CCI, la ville restent nos partenaires. Nous allons poursuivre le développement du Salon international des professionnels des patrimoines à Arles (Sippa), créé en 2015. Nous travaillons sur l'édition du 16 au 18 mai 2018, avec le Portugal pour invité, après l'Algérie en 2017. Il se tiendra sur le parc des Ateliers grâce à une nouvelle coopération avec la Fondation Luma et ses « Luma Days ». En mai dernier, la venue du ministre de la Culture algérien a renforcé la reconnaissance de l'événement, la couverture presse en Algérie a même été supérieure à celle d'ici… Nous avons assuré aussi la coordination d'Octobre numérique à Arles, de rencontres cycliques et thématiques avec ACCM qui ont permis de démultiplier les opportunités de rencontres.

En développant ses missions pour ACCM, le pôle ne risque-t-il pas de se restreindre à son espace arlésien ?
On peut avoir un ancrage territorial et un rayonnement national et international en montrant qu'il se passe quelque chose à Arles sur la culture et le patrimoine. J'en suis d'autant plus convaincu que nous avons noué des liens avec d'autres grands pôles culturels français comme Nantes, Saint-Etienne… Notre logique est de privilégier une synergie d'actions pour éviter de reproduire ce que fait le voisin, renforcer la cohérence des projets pour l'habitant, les touristes, les structures qui s'implantent… Fédérer et mutualiser a toujours fait partie de nos mots-clés. Nous allons réactualiser l'étude menée en 2015 pour élargir le groupe et enrichir encore la réflexion, initier de nouveaux ateliers-actions, par exemple sur la formation des talents, la mixité sociale, la relation centre-ville/quartiers/villages… Quel que soit le nombre d'emplois qu'il représente, chaque acteur de la création culturelle doit se sentir associé.

Le site des Papeteries Etienne sera-t-il le futur point d'ancrage d'Archeomed® et du pôle ?
Nous travaillons avec les collectivités sur le devenir de cette friche industrielle de 24 hectares. Le 2 novembre, nous l'avons présenté au Carrousel du Louvre à Paris au Salon international du patrimoine culturel. Nous allons vraisemblablement nous orienter dans un premier temps sur une utilisation d'inspiration nantaise, à savoir s'approprier le lieu dans une approche d'architecture transitoire pour que les Arlésiens se le réapproprient. Les Rencontres de la photographie d'Arles et Archeomed®, à sa vraie taille, s'y implanteront en pionniers. Le site deviendra le futur lieu totem, en harmonie avec les projets de Luma, de l'Ecole, du Cipen [Cluster d'innovation pédagogique et numérique, NDLR], pour s'imposer en quartier de l'économie culturelle et créative.

Comment convaincre des structures qui n'auraient pas appréhendé tous les axes de travail du pôle d'y apporter leur contribution ?
Le pôle reste une structure ouverte. Ce n'est pas un clan. Si une entreprise spécialisée dans les échafaudages adaptés à la rénovation de patrimoine veut nous rejoindre, elle est bienvenue dès lors qu'elle nous perçoit comme un centre de ressources potentiel mais qu'elle est prête aussi à partager ses expériences, à apporter des idées… Donner et recevoir, échanger, cet esprit s'est ancré dans le fonctionnement du pôle et il importe de le conserver. L'arrivée à la présidence de Jean-Bernard Memet apporte un renouvellement mais garantit cette continuité.

* Poulpe Connexion est un collectif de festivals de musique du monde en Provence qui réunit : Babel Med Music et la Fiesta des Suds à Marseille, Les Joutes musicales de Correns (Var), Les Suds à Arles et Au fil des voix à Vaison-la-Romaine (Vaucluse).
** Plateforme de mutualisation dédiée aux métiers de la culture et des patrimoines.
*** Incubateur et accélérateur de start-up.




J.-C. Barla
Journaliste

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