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« Est-ce qu'être une femme notaire pose problème ? »

le 17 mars 2017 - Martine DEBETTE - Dossiers

« Est-ce qu'être une femme notaire pose problème ? »
M. Debette - Les notaires de Paca avait organisé une journée spéciale pour la Journée internationale des droits des femmes.

Ambiance très féminine le 8 mars dernier au Grand Hôtel du Roi René d'Aix-en-Provence où Mireille Durand-Guériot, présidente du Conseil régional des notaires (CRN) a convié les femmes notaires à fêter la journée internationale des droits des femmes.

A ses côtés, à la tribune, un homme. Le philosophe Michel Terestchenko, non issu du sérail notarial, est venu débattre avec elles de « La place des femmes dans la profession notariale ». « Pourquoi ai-je choisi un homme pour cette journée à laquelle je n’ai convié que des femmes ? Je n’ai pas d’autre réponse que de dire : parce que ! », a indiqué Mireille Durand-Guériot.

Cette rencontre, qu’on aurait aussi pu nommer « Humour et vérité », la présidente du CRN, qui a rappelé qu’elle est la première femme à occuper ce poste, l’a voulue quelque peu intimiste : « Je crois que nous avons peu l’occasion de réfléchir à notre condition car le statut de femme notaire n’interpelle plus personne. Du moins en apparence. Nous aurions pu inventer autre chose, une grève par exemple. Cela aurait peut-être un peu plus interpellé ». Est-ce un handicap d’être une femme ou une force ? Comment ressentent-elles leur féminité dans ce monde notarial essentiellement masculin ? Faut-il craindre la condescendance masculine ? Faut-il relancer l’application de la parité dans les instances ? Comme elles tendent à devenir plus nombreuses, doivent-elles s’accaparer la profession ?  Doivent-elles l’adapter à leur condition féminine ? « Malgré toutes ces interrogations, malgré notre présence de plus en plus marquée, dans l’imagerie populaire, le notaire demeure Balzac. Mais agissons-nous pour qu’il en soit différemment ? Aujourd’hui, la parole est à nous. Mais surtout la réflexion », constate la présidente. Et d’ajouter que toutes ont à raconter des expériences plus ou moins heureuses dans ce métier ou ailleurs. Elle estime que si les femmes notaires pouvaient réfléchir à leur situation, elles auraient déjà fait un grand pas. Elle a également évoqué les inégalités, les différences de traitement, de perception.

Et la place de la femme (notaire) dans tout ça ?

Propos très philosophique tenus par Michel Terestchenko. Ce qui et normal pour un professeur de philosophie politique et morale (à l’IEP d’Aix-en-Provence) et auteur de nombreux ouvrages. Bien qu’il ait fait remarquer qu’il était le seul homme, « en terrain inconnu », il semblait visiblement très à l’aise avec cet auditoire féminin, voire même satisfait de son statut, n’hésitant pas à jouer sur les mots, surtout ceux émis par son public. Ou encore de rappeler quelques clichés écrits dans des bouquins d’autres époques aujourd’hui révolues. Comme cet ouvrage au titre évocateur : « Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses », de Catherine Dufour, dans lequel ne figure pas le métier de notaire ! Il a également dressé un inventaire très cliché : jouets pour garçons et jouets pour filles, le bleu pour les garçons et le rose pour les filles avant de rappeler, voire de remettre en cause, que le masculin/féminin est une condition culturelle : « Aujourd’hui, seules les femmes peuvent avoir des enfants, mais la technologie remettra en cause le fait qu’elles soient les seules à accéder à la maternité », a-t-il lâché avec une pointe d’humour. Autre point abordé, celui de loi dite de la parité, très controversée, entre autres, par les femmes car elle catégorise.

Retrouvez dans le n°1173 de TPBM notre dossier complet consacré à la Journée internationale des droits des femmes. 

Et les femmes notaires, qu’en pensent-elles ?

Après avoir suivi de près les interventions, qui ont suscité des sourires et des « Oh », place à un débat pour le moins enflammé. En réponse à la question « Est-ce qu’être une femme notaire pose problème ? », voici quelques-unes des phrases des femmes notaires :

- « Dans les années 1980, j’étais salariée d’un homme notaire qui n’imaginait même pas une association avec une femme. Eh oui, les femmes peuvent procréer. Un gros handicap ».
- « Je suis associée à une femme notaire qui a décidé de s’arrêter durant un an pour faire des enfants. Ça ne me pose aucun problème ».
- « Beaucoup de femmes s’inventent des contraintes pour ne pas sortir du salariat, pour des raisons d’équilibre du couple : niveau de salaire vis-à-vis du conjoint, manque d’ambition, afficher sa plaque, etc. ».
- « Souvent, les femmes font tourner la boutique dans l’ombre durant 15 ou 20 ans, ce que n’accepterait pas un homme ».
- « Nous sommes installées à Saint-Tropez. Certains clients (se) demandaient s’ils pouvaient avoir confiance. Plus tard, ce sont les mêmes qui louaient notre sérieux ».
- « Lorsque nous avons intégré un homme notaire salarié dans notre étude de deux associées femmes, certains n’ont pas manqué de lui demander si ça ne lui faisait pas un peu peur de travailler avec des femmes. Il nous a dit qu’il leur répondait : ça me rassure ! ».

Mireille Durand-Guériot : « Ces lois pour la parité nous agacent. Je reconnais cependant que, sans elles, je ne serais peut-être pas la première femme présidente du Conseil régional des notaires. Un homme notaire m’a même dit : "si tu savais comme je me suis battu pour toi !" Comme si je n’étais pas là pour ce que je vaux, mais parce que je suis une femme ».

Michel Terestchenko s’adressant à Mireille Durand-Guériot : « Je vous appelle Maître ou Maîtresse ? ».

Le notariat en chiffres au 17 février 2017

Cour d’appel d’Aix-en-Provence :

616 notaires libéraux dont 199 femmes, soit 32,30%.
179 notaires salariés dont 113 femmes, soit 63,12 %.
291 offices.
3 262 collaborateurs.
279 868 actes en 2016

En France :
8 645 notaires libéraux dont 2 867 femmes, soit 33,16%.
1 943 notaires salariés dont 1 281 femmes, soit 65,92 %.

Pour casser les clichés

85%, c’est la proportion des notaires qui n’ont pas succédé à leurs parents. 85%, c’est aussi la proportion qui revient à l’Etat des frais dits « frais de notaire ». 22 milliards, c’est le montant des taxes et impôts collectés chaque année par les notaires pour l’Etat.

Retour dans le temps

Si désormais en France, un notaire sur trois est une femme, il faut se rappeler que ce n’est qu’en 1949 qu’a été nommée la première femme notaire (dans le Puy-de-Dôme). La deuxième a été nommée à Marseille en 1958 et la troisième en 1977 à Paris.





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