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Caroline Oron, nouvelle présidente de la chambre des notaires

le 22 juin 2017 - Olivier REAL - Professions

Caroline Oron, nouvelle présidente de la chambre des notaires
O. Réal - Maître Caroline Oron, présidente de la Chambre des notaires du Var.

Maître Caroline Oron est la première femme élue par ses pairs à la présidence de la Chambre des notaires du Var. Même si elle n'en fait pas un cheval de bataille, elle fait néanmoins remarquer qu'il était peut-être temps puisqu'avec ses consœurs elles représentent 40 % des effectifs du département (81 femmes sur 205 notaires). Au-delà de cette considération, il est surtout temps pour elle d'apporter ses connaissances et son recul à la profession, alors que celle-ci est à la croisée des chemins.

Née à Alger, Caroline Oron grandit à Toulon depuis ses 12 mois jusqu’à l’âge de 28 ans. Elle fait toute sa scolarité localement, puis à Aix pour son DESS* en droit notarial, et apprend le métier au sein de l’étude de Jacques Bernard, grand notaire toulonnais (et national). En 1989, un passage par Paris étant à la mode, Maître Caroline Oron se dit alors « pourquoi ne pas y aller maintenant, pour 3 ou 4 ans ? J’y suis restée jusqu’en 1998, dans une étude magnifique de 95 personnes, avec un état d’esprit familial entretenu ainsi par quatre notaires associés qui nous faisaient pleine et entière confiance. » Une période remarquable au cours de laquelle elle acquiert une formation rare.

Vient alors le dilemme de l’installation à son compte. Paris ou un retour dans son Var tant apprécié, si possible son Toulon ? La prospection parisienne ayant tourné court, faute de moyens conséquents, une opportunité se présente à Saint-Tropez, concernant une étude en difficulté. Elle gagne l’appel d’offres avec son associée et rejoint donc, à sa propre surprise, Saint-Tropez. « Le fait que nous soyons deux femmes notaires a été considéré comme un gage de sérieux », affirme-t-elle, « et pour nous un challenge à relever ». Démarrée à deux, donc, avec Maître Laurence Bernard et une collaboratrice, l’étude compte désormais trois notaires associés et 11 collaborateurs.

Un développement maîtrisé, construit avec application, qui ne permettait pas de s’impliquer dans les instances de la profession. Or, cet investissement est un passage obligé de trois ans minimum que Maître Oron a décidé ces dernières années d’honorer, en premier lieu au sein du Conseil régional des notaires du ressort de la Cour d’appel d’Aix, dans le cadre de la commission d’accès et du plan quinquennal d’accueil, autrement dénommé contrat d’adaptation structurel. Une délicate mission remplie sans se faire d’ennemis, espère-t-elle, et qui lui a permis de s’apercevoir qu’elle pouvait mener cet engagement personnel de front avec son activité de notaire. « Je travaille de plus en plus, certes, et je rends service en même temps. Ce n’est pas pour la gloire ou le pouvoir, mais bien pour donner aux autres de son savoir. Cela permet d’être moins seule, de mieux voir les difficultés, d’échanger avec ses pairs, de prendre du recul aussi… » Une forme de lâcher prise indispensable alors que la matière juridique est de plus en plus dense tandis que les clients sont de plus en plus exigeants.

Responsabilité et modernité

A défaut de gloire, Maître Caroline Oron fait désormais l’objet d’une belle reconnaissance à la faveur de son élection récente à la présidence de la chambre départementale des notaires, en succession de Maître Rémi Claudot, auprès duquel elle était vice-présidente. Une première pour une femme dans le Var. Il était temps, sachant qu’avec ses consœurs elles représentent 40 % des notaires du département. Cela lui confère une exigence supplémentaire qui ne l’effraie pas pour autant, bien concentrée sur les enjeux actuels et à venir dans sa profession.

A commencer par le déploiement de la loi Macron à l’automne (application de l’horodatage et du tirage au sort) avec l’afflux de nouveaux notaires partout en France, en l’occurrence 39 dans le Var (22 dans la zone de Toulon, 11 dans la zone de Fréjus/Saint-Raphaël, six dans la zone de Draguignan), venant s’ajouter aux 205 notaires actuels, répartis dans 85 études. « Cela va être un choc économique pour nous tous, mais nous devons les accueillir, les aider, leur montrer qu’ils sont notaires comme les autres, avec des droits et des obligations. Il ne faut pas qu’ils hésitent à solliciter la chambre qui sera là pour les informer. Les commissions d’accès des impétrants vont d’ailleurs se transformer en commissions d’accueil des jeunes. Les aider, c’est aussi leur montrer qu’ils doivent travailler correctement. » Un esprit légaliste et d’ouverture assorti d’un sens de la solidarité puisque ce marché qui va se réduire pour tous sera inévitablement pénalisant pour les notaires isolés qui seront épaulés par une caisse d’aide mutualisée...

Des valeurs d’honn​êteté et de bienveillance

Une démarche parfaitement corrélée aux valeurs d’honnêteté et de bienveillance revendiquées par la présidente. « La société est devenue tellement égoïste par la force des choses, pour nous faire consommer, qu’il est primordial de se mettre à la place de l’autre. La notion de respect est liée à cette façon de penser. Nous avons un métier de confession et pas de diagnostic Google… » L’inclinaison vers la médiation des professions du droit s’inscrit dans la pratique logique des notaires selon Maître Oron. « Nous sommes là pour trouver une solution, apaiser le stress, faire réfléchir. C’est passionnant », souligne-t-elle, tout en faisant retomber la flamme en rappelant que le notariat est placé désormais sous l’Autorité de la concurrence. Celle-ci devant évaluer au bout de 18 mois les effets de la loi, y compris le cas échéant pour mieux en remettre une couche craignent les pessimistes. « Jusqu’à présent, la loi Macron touchant notre secteur est comme le Brexit anglais, à savoir pas encore en vigueur, il n’y a donc pas de conséquences à mesurer suite à sa mise en place. Soyons néanmoins vigilants quant au changement de mission qui pourrait se produire, remettant en cause un modèle fondé sous Saint-Louis et qui a séduit la Chine, la Russie et bien d’autres pays… » Alors que s’organise ce changement de droit, grignotant le latin historique pour tendre vers l’anglo-saxon très présent au niveau européen, Maître Oron ne veut pas regarder trop loin ni appréhender avec angoisse l’avenir, préférant s’adapter. « Ce n’est pas parce que la loi ne nous plaît pas que nous n’allons pas l’appliquer. Nous saurons évoluer et il y aura toujours besoin de notaires. Mais il faut que l’Etat comprenne notre métier et nous écoute. Nous ne disons pas des mensonges pour sauver une poule aux œufs d’or… »

Un message de responsabilité et de modernité qui fait partie de la nouvelle feuille de route, bien utile pour rejoindre un nouveau paradigme laissant toute sa place au notaire officier public, sans lui faire perdre sa force probante ni ses valeurs en chemin.

* Diplôme d’études supérieures spécialisées.



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